Auteur/autrice : Asso. des journalistes pour la transparence

  • Financements publics : l’association a été entendue au Sénat

    Financements publics : l’association a été entendue au Sénat

    Laura Motet et Pierre Januel, respectivement présidente et secrétaire de l’association, ont été auditionnés au Sénat le 7 mai 2026 dans le cadre de la commission d’enquête sur « les mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes ou fondation de droit privé » — et les risques que cela entraîne, notamment « en matière d’influence, d’absence de transparence financière et d’entrave au fonctionnement de la démocratie », dont Colombe Brossel (PS) est rapporteure.

    « Face à un État qui n’a pas les moyens d’assurer un contrôle effectif des associations, des fondations, des fonds de dotation, (…) une transparence forte et effective nous semble être la solution pour assurer le bon usage de l’argent public, qu’il soit versé directement ou indirectement — et de manière plus générale, une garantie pour la démocratie. »

    L’audition a duré trois quarts d’heure et a donné lieu à plusieurs échanges entre les sénateurs et les membres de l’association, qui ont pu proposer plusieurs solutions pour améliorer la transparence des financements publics directs ou indirects ; notamment l’ouverture de certaines bases de données de l’Etat en matière de subventions et défiscalisation, la création d’un référé communication pour les informations nécessaires au débat public, ou le simple respect de la loi.

    Retrouvez ci-dessous l’intégralité du propos introductif (légèrement édité) de Laura Motet.


    L’association des journalistes pour la transparence est une association crée en 2021 par des journalistes usagers de l’accès aux documents administratifs. Un accès prévu pour tout citoyen notamment par la loi depuis 1978. Cette transparence est donc permise par la loi et appuyée sur le droit constitutionnel et européen (c’est toujours bien de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une revendication corporatiste).

    Notre association a plusieurs axes d’action :

    • la formation des journalistes (+ d’une centaine chaque année – plus large que notre quarantaine de membres permanents) ;
    • un centre de ressource pour nos adhérents (veille et analyse sur la jurisprudence) ;
    • un appui pour certains recours (une vingtaine par an au tribunal administratif, environ une par an au Conseil d’État, et un recours pendant devant la Cour européenne des droits de l’Homme) ;
    • du plaidoyer auprès des élus (encore récemment sur l’anonymisation des décisions de justice mises en open data, avec nos confrères de l’association de la presse judiciaire, ou encore le droit de timbre à 50 euros pour pouvoir ester en justice).

    Tout ceci pour vous expliquer d’où on parle aujourd’hui.

    A l’occasion de la préparation de cette audition, nous avons rassemblé de nombreux exemples de réussites et de blocages sur ce droit d’accès lié à votre sujet des associations, fondations et autres fonds de dotation. Je pense qu’il est important de commencer par clarifier le cadre légal.

    Il existe dans le droit un accès prévu aux structures financées directement par l’État :

    • Les comptes de toute association subventionnée sont communicables à toute personne qui en fait la demande, tout comme la liste de ses dirigeants et une partie de ses procès verbaux ;
    • Au-delà de 23 000 euros de subventions, une convention doit être signée avec l’organisme qui subventionne et il est possible de demander la communication de cette convention ainsi que du bilan financier de la convention ;
    • Au-delà de 153 000 euros de subvention ou de dons de personnes physiques, les comptes doivent être publiés, ainsi que le rapport du commissaire aux comptes

    Du côté des structures financées indirectement par l’État (par des défiscalisations) ou des structures financées par des entreprises (et qui défiscalisent aussi in fine), en revanche, la loi ne prévoit pas d’accès explicite.

    Cela veut dire qu’il n’y a pas d’accès prévu des comptes de fondations d’entreprises, des fonds de dotation, associations etc. dans le cas où elles reçoivent moins de 153 000 euros de dons de personnes physiques (ce qui est automatique pour les fondations d’entreprises). Quand bien même toutes ses structures peuvent défiscaliser des milliers d’euros, ce qui touche le budget de l’État.

    Ça, c’est pour le cadre juridique d’accès.

    Sauf que, ce qu’on observe, c’est une distinction très forte entre cet accès de droit et l’accès de fait. Cela veut dire qu’au-delà des améliorations législatives il y a un vrai sujet sur le respect de la loi et l’absence de sanction pour ceux qui ne respectent pas son esprit.

    J’ai coutume de blaguer en disant qu’une partie de notre plaidoyer consiste à demander à ce que les élus et les administrations appliquent la loi existante — c’est pourtant vrai.

    Et ce constat, il n’est pas que le fait de journalistes ronchons, il a été publiquement fait en 2020 et 2022 par le président de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) d‘alors, Jean-Luc Nevache, qui avait déclaré à Acteurs publics que « la culture des administrations est, encore aujourd’hui, davantage celle du secret que de l’ouverture ».

    Sur le sujet qui nous occupe aujourd’hui, celui des associations, fondations, fonds de dotation, un haut fonctionnaire conseiller d’Etat, Laurent Touvet, avait, lorsqu’il était au ministère de l’intérieur en 2011, signé une circulaire à destination des préfets pour rappeler le cadre d’accès à ces documents (car les docs des assos sont déposés en préfecture). Il y expliquait :

    « Il n’est pas rare de constater que les pratiques en matière de traitement des demandes de communication des documents cités en objet ne sont pas identiques sur l’ensemble du territoire et que des interrogations subsistent, en l’absence d’instructions permettant de disposer d’une vision globale sur le sujet. »

    Quinze ans après les instructions très claires qu’il donne (et c’est à saluer), la situation n’a pas changé. Il reste difficile de faire appliquer la loi — et dans les temps prévus, car de nombreuses administrations et élus jouent la montre. Les trous dans la raquette concernant certains acteurs qui bénéficient d’aides indirectes via la défiscalisation n’ont pas été comblés.

    Et nous observons enfin avec inquiétude de nouvelles jurisprudences du conseil d’Etat apparaître, notamment sur la notion de « secret de la vie privée des personnes morales » dans un dossier concernant les comptes de la fondation LVMH.

    Or, ni la jurisprudence judiciaire, ni le Conseil constitutionnel, ni la CEDH ne reconnaissent de vie privée aux personnes morales.

    Pour conclure, face à un Etat qui n’a pas les moyens d’assurer un contrôle effectif des milliers d’associations et de fondations — notamment celles reconnues d’utilité publique, où l’Etat est en principe représenté au conseil d’administration — et face à des acteurs privés, français ou étrangers, qui profitent du désengagement financier de l’Etat pour peser sur l’action de certains organismes en devenant leur principal financeur, dans des domaines aussi variés que le sport, la culture, l’éducation et l’action sociale, une transparence forte et effective est la solution pour assurer le bon usage de l’argent public, qu’il soit versé directement ou indirectement, et de manière plus générale, une garantie pour la démocratie.

  • Publicité de la justice : du brouillard à l’opacité totale !

    Un groupe de travail constitué essentiellement de magistrats vient de remettre au garde des Sceaux un rapport sur l’open data des décisions de justice. Parmi les recommandations formulées, certaines marquent un recul important pour la publicité de la justice, qui est pourtant un principe fondamental de notre démocratie.

    Au nom de la sécurité, il est notamment proposé l’anonymisation totale des noms des magistrats et ceux des avocats dans les décisions publiées.  Les auteurs du rapport souhaitent également occulter le nom des entreprises dans les jugements et arrêts, y compris civils et administratifs.

    Une attaque de plus à la liberté d’informer alors que les restrictions se multiplient pour faire la lumière sur les agissements illégaux des entreprises. Surtout que, comme le reconnaît le rapport lui-même, « aucune application concrète d’éventuelles utilisations contraires aux intérêts économiques des entreprises françaises n’a été identifiée à ce stade ».

    Autre idée attentatoire à la publicité de la justice :  limiter davantage, par le biais de conventions et contre paiement, la remise de copie aux citoyens. Une restriction de l’accès à l’information qui complique la vie de tous, notamment celle des journalistes et des pigistes sans carte de presse.

    La protection des personnels de justice est évidemment légitime et importante. Mais elle peut se faire en respectant le principe fondamental de publicité de notre justice. A quoi ressemblerait un jugement ou un arrêt sans mention du tribunal, du nom des parties, de celui des magistrats, des avocats, des entreprises, du département ?

    L’Association de la presse judiciaire (APJ) et l’Association des journalistes pour la transparence (AJT) regrettent que le groupe de travail n’ait pas interrogé de membres de la société civile, et encore moins de journalistes spécialisés.

    Elles dénoncent avec force et depuis des années l’opacité grandissante portée par des professionnels de la justice dont l’objectif est clair : écarter les citoyens de ce qu’ils considèrent comme leur domaine réservé.

    Le communiqué en PDF

  • 50 euros pour un recours à la justice, nouvel obstacle à la transparence

    Un amendement au budget 2025 prévoit de rétablir un droit de timbre de 50 euros pour initier une procédure judiciaire. Selon les informations diffusées par Politico, le gouvernement devrait donner un avis favorable à cette mesure proposée par Christine Lavarde.

    Cette somme de 50 euros sera une contrainte dans l’accès au droit pour tous les justiciables concernés. Si certaines procédures seraient exemptées, cela ne sera pas le cas pour les procédures en matière de droit d’accès aux informations.

    C’est donc un nouvel obstacle qui se dresse devant les journalistes dans leur combat pour accéder aux documents publics. De nombreuses administrations, et en premier lieu le ministère de la justice, trouvent des prétextes variés pour ne pas donner suite aux demandes des journalistes et ne respectent pas la loi. Dans ce cas, une procédure devant le tribunal administratif est le seul moyen de faire valoir le droit.

    Pour des journalistes, notamment indépendants, déjà rebutés par la lenteur des procédures et la lourdeur d’un recours à la justice administrative, ce timbre de 50 euros sera un obstacle supplémentaire à la transparence.

    C’est pourquoi l’association des journalistes pour la transparence appelle au rejet de cet amendement.

    Le communiqué en PDF

  • La protection des données de santé ne se fait pas au détriment de la liberté de la presse

    L’association des journalistes pour la transparence (AJT) dénonce un grave recul dans la transparence des données de santé. Depuis près de 25 ans, le Point publie un palmarès des hôpitaux. Ce palmarès est le fruit d’un long combat pour la transparence de deux journalistes, qui, en 1998, avaient obtenu des données hospitalières, jusqu’alors tenues secrètes.

    Depuis la loi du 24 juillet 2019, l’accès aux données de santé est conditionné à l’avis de deux commissions administratives : le Comité éthique scientifique pour les recherches, les études et les évaluations dans le domaine de la santé (Cesrees) et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Si pour les classements des années 2019 à 2021, les journalistes avaient reçu un avis favorable, cette année l’accès leur a été refusé.

    Dans son avis, le Cesrees1 estime que le Point ne peut « se prévaloir de la finalité d’un intérêt public que si l’information présentée est pertinente et de nature à améliorer la connaissance du public sur le système hospitalier » et que les indicateurs construits par le journal peuvent « conduire à diffuser une information erronée sur les performances relatives réelles des établissements de santé pouvant induire en erreur les patients et être par conséquent contraire à l’intérêt public ».

    Ces décisions sont un important recul pour la transparence et une atteinte à la liberté de la presse. En se prononçant ainsi sur le contenu éditorial d’une enquête journalistique, au nom de l’intérêt public, le Cesrees et la Cnil, des commissions administratives, se font juges de ce que les médias doivent ou non publier. Elles outrepassent leur rôle.

    L’AJT réclame que l’accès des journalistes des données de santé ne se fasse pas après un avis administratif sur le contenu éditorial des enquêtes. La méthodologie des journalistes doit être transparente et peut être critiquée ; les réserves soulevées par les commissions peuvent d’ailleurs être prises en compte ou être mentionnées à côté des articles. Mais, concernant l’accès aux données, seule doit compter dans l’avis administratif leur protection tout au long de la procédure. Elle soutiendra le recours du Point et de ses journalistes.

    Le communiqué en PDF

    1. Lire à ce sujet : Le classement des hôpitaux du Point bloqué par la CNIL, Marc Rees, L’Informé ↩︎